Parution dans le Figaro Entreprises du 8 juillet 2002 (page 23)
Par Laurent GUEZ



  Un original accroché au mur, dans le hall d'accueil, c'est plus chic qu'un poster encadré. Mais c'est aussi plus cher. A moins de se l'offrir en location, comme le propose la société Art Lease. Cette idée découle directement de la formule du leasing (ou crédit-bail), fréquemment utilisée par les entreprises pour acquérir des équipements bureautiques ou leur flotte automobile. Le créateur d'Art Lease, Pascal Godingen, a longtemps vendu du matériel informatique, notamment chez Continental Leasing. Il avait aussi fondé le site internet Artweb, cédé il y a deux ans au groupe de services multimédia AGL. D'autres sociétés, surtout à l'étranger, proposent des formules analogues, comme Art Quest aux Etas-Unis, British Fine Art en Angleterre ou Arte de Qualitate au Luxembourg. Mais rares sont celles dont le financement en leasing soit le coeur de métier.
Pascal Godingen (à droite), le fondateur d'Art Lease, avec un de ses clients, Philippe Santini, directeur général de Francetélévisions Publicité. Au siège de l'entreprise est installée L'aile protectrice, une toile monumentale d'Hervé Half (Photo J.C. Marmara/Le Figaro.)    


Un réseau d'artistes

Pour monter Art Lease, cet entrepreneur passionné d'art contemporain s'est associé à Alexandre Vilgrain, vice-président du groupe agro-alimentaire Jean-Louis Vilgrain. Côté "approvisionnement", il s'est d'abord constitué un réseau de grands galeristes comme Jérôme de Noirmont à Paris (avenue Matignon), de marchands d'art, courtiers et commissaires-priseurs. Côté clients, il joue à fond la carte du réseau et le bouche à l'oreille. Pascal Godingen a équipé la salle à manger de la banque de gestion privée Crédit Suisse Hottinguer, le chasseur de têtes Whitehead Mann (35 oeuvres pour habiller les bureaux des consultants), le Cabinet d'avocats Bird and Bird ou encore le siège de Francetélévisions Publicité, la régie publicitaire du groupe de télévision publique. "Lors de l'accrochage de la toile de Hervé Half, Francetélévisions avait rédigé un communiqué interne pour préciser que l'oeuvre était louée, explique Pascal Godingen. Car l'un des avantages de la formule, c'est d'éviter de donner l'impression aux salariés que l'entreprise investit lourdement, et à mauvais escient." Si elle achetait, il s'agirait en outre d'un actif immobilisé non amortissable.
S'il passe par Art Lease, au contraire, le client - qu'il s'agisse d'une petite ou d'une grande entreprise, ou même d'un professionnel libéral (médecin, expert-comptable, avocat) - loue l'oeuvre pour une durée de deux à cinq ans.L'opération fait l'objet d'un contrat, qui inclut l'assurance.



Des charges déductibles

Avantage essentiel : les loyers sont alors considérés comme des charges d'exploitation, donc déductibles. A l'issue du contrat, le client peut devenir propriétaire de la toile ou de la sculpture, pour un montant convenu initialement. Un exemple ? Un grand groupe veut s'offrir, pour son siège social, une sculpture pour l'accueil, un tableau pour la salle de réunion, quatre autres pour les bureaux de la direction générale, et une dizaine d'oeuvres originales (lithographies et dessins) pour les couloirs, d'une valeur totale de 50 000 euros. Sur trois ans, le loyer mensuel s'élèvera à 2 050 euros. Avec la possibilité au bout des trois ans, de devenir propriétaire de l'oeuvre pour 10 000 euros.
"Nous travaillons régulièrement avec des artistes comme Wolf Vostell, Jean-Claude Meynard ou Hervé Half, dit Pascal Godingen. Je crois qu'il ne faut pas compter sur les seuls particuliers pour soutenir la création. Les entreprises sont indispensables."